Catégorie : Réflexions sur la biographie

  • Comment j’ai trouvé mon ikigai dans le métier de biographe

    Comment j’ai trouvé mon ikigai dans le métier de biographe

    L’ikigai, vous connaissez ? C’est un courant de pensée japonais qui pourrait être traduit ainsi : « ce qui vaut la peine d’être vécu » (iki : la vie ; gai : qui vaut la peine). En quelque sorte, trouver son ikigai, c’est trouver sa raison d’être, ce qui nous donne envie de nous lever chaque matin. J’ai la chance d’avoir trouvé le mien, je vous explique ici comment. Peut-être cela vous permettra-t-il de découvrir, à votre tour, si vous avez trouvé votre ikigai ?

    À l’origine, l’ikigai se vit à travers toutes les petites activités du quotidien qui répondent à trois critères : garder la santé, être bien entouré(e) et se sentir utile. Par exemple, un grand-père qui s’occupe de ses petits-enfants est totalement en accord avec la philosophie de l’ikigai : il reste actif, partage des moments en famille et rend service aux parents de l’enfant.

    Le concept philosophique a été un peu revisité ces dernières années à la « sauce » occidentale, faisant intervenir la notion de travail et d’argent dans l’équation. Trouver son ikigai, c’est trouver le métier rémunérateur avec lequel on est aligné et qui nous passionne. C’est pouvoir vivre de sa passion, tout en contribuant au monde. L’ikigai repose sur l’équilibre de quatre grandes composantes : il se trouve au cœur de ce que j’aime, ce dans quoi je suis doué(e), ce que j’apporte au monde et ce pour quoi je peux être payé(e).

    Quand j’ai découvert le métier de biographe, j’ai trouvé qu’il correspondait totalement à mon ikigai en répondant à ces 4 questions :

    Qu’est-ce que j’aime ?

    Posons-nous la question autrement. Qu’est-ce que j’aime faire depuis toujours, dont je ne me lasse pas, que j’aimerais faire toute ma vie ?

    Depuis que je suis gamine, la lecture et l’écriture sont indispensables à mon quotidien, une source de joie et d’épanouissement. Je n’ai pas été éditrice pendant seize ans par hasard, ni correctrice pour le peu d’argent que ce métier rapporte. L’amour des textes, toujours, tout le temps. Dans les romans, dans les poèmes, dans les chansons. J’aime lire. J’aime écrire. J’aime les mots. Inconditionnellement.

    En quoi suis-je doué(e) ?

    En d’autres termes, quel est mon « don » ? Qu’est-ce qui semble tellement naturel et facile pour moi et qui ne l’est pas forcément pour tout le monde ?

    Là encore, rapporté à mon expérience personnelle, voilà ce que je peux dire : l’écriture, chez moi, est fluide. Généralement, je n’ai pas besoin de réfléchir des heures durant pour mettre en mots des pensées ou des paroles, ou construire de belles phrases. Cela vient spontanément. Idem pour l’orthographe. Quand certains s’arrachent les cheveux des années sur des Bescherelle ou autres grammaires, j’ai toujours eu une bonne orthographe « instinctive » : à l’école, j’adorais les dictées !

    De quoi le monde a-t-il besoin, qu’est-ce que j’apporte au monde ?

    Par « monde », on entend ici un « autre que soi ». Écrire un récit de vie, c’est symboliquement un service que l’on rend à la personne qui souhaite partager ses souvenirs, mais aussi un cadeau qu’elle-même pourra transmettre à ses proches. Pour la personne qui raconte son histoire, cela peut être aussi une forme de thérapie, une libération. Pour le biographe, c’est un temps de partage et d’écoute qu’il offre à l’autre. Un moyen d’apporter au monde la bienveillance et l’empathie dont il a besoin, de resserrer les liens, de traverser les générations parfois. Le regard pétillant de ceux qui découvrent le livre de leur vie une fois achevé ainsi que le bonheur et l’émotion que cela leur procure sont une magnifique contribution au monde.

    Ce pour quoi je peux être payé(e)

    Pour réaliser complètement son ikigai, le dernier critère, et pas des moindres, est de pouvoir vivre de sa passion. J’ai conscience que tout le monde n’a pas les moyens de vivre de son ikigai. Certaines passions ne sont pas rémunératrices, et il est souvent nécessaire d’exercer une profession qui ne nous transcende pas pour gagner sa vie, pour survivre même parfois. En faisant de l’écriture et de la biographie mon métier, je réponds intégralement au concept d’ikigai. Quelle chance !

    Oui, car c’est par cela que je voudrais conclure. C’est une chance de pouvoir exercer un métier qui fait sens, avec lequel on se sent aligné(e). Je pourrais même dire que c’est un luxe. Petite nuance cependant : la recherche de l’ikigai (à l’occidentale) ne doit pas être une fin en soi et faire penser que l’on a raté sa vie si on ne le réalise pas. En revanche, il ne faut pas bouder son plaisir de l’avoir trouvé sans forcément l’avoir cherché, comme c’est mon cas. Et s’en réjouir. Savourer. Car ça, vraiment, ça vaut la peine d’être vécu.